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sandra66
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Mes photos, textes et gifs, mais aussi des images de vos films, séries, mangas et jeux préférés.
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07.07.2006
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Le Trou Noir

Publié le 07/07/2006 à 12:00 par sandra66
Le Trou Noir
Le trou noir approchait et aucun ordinateur de bord ne l'avait encore détecté. Il était béant, beau et assoiffé d'énergie. Il se fondait dans l'espace noir, parmi les myriades d'étoiles. Cliff était confortablement assis dans le fauteuil du pilote. Il sentait que ce qu'il attendait était là, tout près, encore impalpable.
Après s'être enfui du vaisseau mère qui essayait de résister aux asseaux d'une troupe ennemie, il avait dérivé dans l'espace, espérant être repêché par un cargo transporteur, mais il ne se leurrait pas, il savait qu'il se trouvait aux confins de l'univers et loin de toutes voies marchandes. Il avait dérivé et son esprit aussi. Plus de trois jours sans nourriture. Plus rien à bord. Et cette idée obsédante en tête. Le trou noir.
Depuis quelques temps, l'esprit enfiévré de Cliff s'était mis à raisonner de cette façon, comme il était trop lâche pour se donner la mort, il servirait la Science en plongeant dans un trou noir.
Cliff somnolait, la petite capsule de survie s'emplit soudain du bruit d'alarme strident. Cliff ouvrit calmement les yeux, regarda à travers le cockpit.
Il la discernait, cette faille dans l'espace-temps. Et qu'y avait-il derrière ? Cliff ne croyait pas qu'il n'y eut rien. Pour lui, Le Rien Absolu ne pouvait exister.
L'alarme résonnait de plus belle dans la capsule, sans que son unique occupant arrive à la couper. L'intérieur de ce minuscule vaisseau était rouge. Rouge comme le sang. Serait-ce un ultime présage ? La lumière clignotait encore et l'alarme commença à gémir.
_”Nous ne sommes plus très loin maintenant”, pensa Cliff.
Il tourna ses yeux vers le vide et contempla l'ignoble beauté du trou noir.
Tous les appareils électroniques se turent. Le tumulte rouge et hurlant cessa.
Le silence.
Plus un seul bruit à par la respiration régulière de Cliff. Il n'avait plus peur. La lâcheté était partie en même temps que ses dernières forces.
Il sentit une douleur intense dans sa tête, comme s'il n'avait respecté aucun palier de décompression après une plongée.
Il vit que son sang coulait sur le tableau de bord. Il entendait le bruit distinct de la carlingue. Le bruit d'un objet entre deux morceaux de papier émeri.
Et puis, plus rien. La souffrance le quitta. La vie aussi.
Cliff savait qu'il y avait quelque chose derrière le trou noir. La Mort.

Commencée et finie le 17/09/97

ESCAPADE

Publié le 07/07/2006 à 12:00 par sandra66
ESCAPADE
Je rêve que je nage dans cette eau bleue, si bleue qu'elle défie le ciel et se confond avec.
L'eau est si profonde et si frémissante de vie qu'y plonger est une expédition. J'aime tellement la mer, cette jeune femme si dangereusement belle, si calme en apparence et parfois si outrageusement capricieuse.
Plonger est un régal. Je m'harnache de ma ceinture et de la bouteille, j'enjambe le bord du trimaran après avoir enfilé mes palmes. Je descend, admirant une faune florissante. Puis, j'admire les restes de cette civilisation éteinte, en commençant par son impressionnante architecture.
Des poissons colorés sortent d'un des boyaux de cette ville. Tellement colorés qu'un arc-en-ciel pâlirait de jalousie en les voyant. Au-dessus d'eux, sur un panneau verdi, est écrit : "STATION DE METRO".
Rien n'est vraiment abîmé, j'ai parfois l'impression qu'ici, la vie est en suspens et que je peux voir un homme surgir à tout moment. Mais cette civilisation est disparue, je n'y évoluerai jamais, sinon en compagnie des poissons.
La mer, blessée par l'arrogance, la vanité et l'inconscience de ses enfants, les avait avalé. Et moi, je regarde ce cimetière vieux de centaines d'années, recouvert d'algues et de varech. Spectacle à la fois lugubre et merveilleux.
Les réserves d'air s'épuisent, il faut que je remonte. Sous moi, des rues, des hauts bâtiments désormais habités par les animaux marins.
J'émerge. Je vois le remous argenté, j'entends le rassurant clapotis des vagues contre la coque du bateau.
Ce soir, je regarderai le soleil embras(s)er la mer. Demain, j'aurais le désir de rencontrer un être humain.

Le 12/12/99

KANA

Publié le 07/07/2006 à 12:00 par sandra66
KANA
Le combat faisait rage autour d'eux. Kana appuyait furieusement sur son cristal pour en faire sortir un quelconque rayonnement. Elle voulait venger le jeune guerrier qui était mort pour la protéger. Son corps torturé par la douleur des blessures gisait aux pieds de Kana. Les flèches s'abattaient autour d'elle mais elle n'y prenait garde. Son regard allait sans cesse vers la grande place.
Cette place, surélevée par rapport au champ de bataille qu'était maintenant devenue la ville, tenait en son centre un imposant gemme ; le Cristal Mère, le Cristal de Vie comme aimaient à l'appeler les anciens. Autour de lui, une centaine de prisonniers étaient suppliciés par des bourreaux. Le Cristal Mère, avait définitivement perdu sa tranquille transparence et le transfert d'énergie des prisonniers le rendait de plus en plus sombre. Kana s'assit à terre, se reposant contre un mur, gardant son arc à bout de bras et se remit à penser à cette révolte.
Les mutins n'avaient pas pris le pouvoir pour mettre à feu et à sang le pays. Non, les mutins, des gens auparavant respectables, s'étaient répandus et avaient eu des emplois dans tout le pays et dans toutes les professions cruciales. Le Pouvoir fut pris alors d'une gangrène irrémédiable, le piège se referma bien vite sur l'empereur qui se suicida.
Depuis sa mort, la révolte était descendue dans la rue. La société s'était effondrée sur elle-même depuis que les gens n'étudiaient plus et ne se connaissaient plus eux-mêmes. La haine, la luxure, l'avarice... gouvernaient tout un chacun. Kana pansa une de ses plaies et considéra pensivement le message qu'elle venait d'écrire avec son sang. Elle se releva et reprit sa place dans la bataille et parvint enfin auprès du Cristal Mère. Elle regarda avec pitié les prisonniers et chercha le visage familier de Déna. Un bruit épouvantable se dégageait du gemme, comme un grondement de colère.
Lorsqu'elle trouva son amie, Kana la vit à demi-morte, les yeux voilés par le sang et la souffrance. Intolérable cruauté. Soudain, quelque chose s'abattit violemment derrière son crâne et elle tomba inanimée.
Le vent se leva, frais, violent, amenant avec lui une cohorte de nuages noirs, lourds et menaçants. En quelques minutes une tempête se leva. Kana ouvrit les yeux. Combien de temps avait-elle perdu connaissance ? Malgré ses efforts, elle ne pu se lever. Elle regarda le Cristal de Vie, noir et su qu'il était trop tard. Un cri de douleur lui fit tourner la tête. Déna venait de mourir dans une dernière violence. Ce fut le début de la fin.
Kana ferma les yeux et pensa que ce qu'elle avait écrit un peu plus tôt était vrai. Elle se résolut à acquérir la paix de son âme.
Il ne fallut que quelques minutes à l'océan pour détruire l'île qui sombra dans un ultime spasme de douleur.
L'océan effaça les lettres de sang de Kana. Elle avait écrit :
Ici nous reposons, ayant sombré avec le coeur aîné de Dieu.
La haine nous a tous tué : Moi Kana, tous les autres, et notre mère patrie : l'ATLANTIDE.

LE 06/02/2000

La sixième trompette.

Publié le 07/07/2006 à 12:00 par sandra66
La sixième trompette.
CARNET DU SERGENT HARPER JONATHAN

Le 2 Février 1967.
Le vrombissement des turbopropulseurs du C-130. Personne ne parle, certains ne sont d'ailleurs que de la chair à canon mobilisable. Alors, pourquoi parler ?
Un sifflement de décompression. La porte du C-130 descend. Je ramasse mon sac et regarde le nouveau cantonnement. Tout est de cette superbe couleur rouge (ou rouille). Mais où est le Vietnam ? Le vrai Vietnam. Peut-être là-bas, au loin, ces quelques collines vertes émeraudes. L'air est chaud, lourd, étouffant. On m'avait dit que c'était ça le Vietnam.
Nous avons remis nos ordres de marche et nos états de service. Putain ce qu'il fait chaud ! Un sergent est venu me chercher et m'a donné mon affectation.
L'hélico nous attend pour la brousse. Adieu les FCAR ! Hello Vietnam.
La forêt dense défile sous nous. Mon deltoïde est orné d'une feuille (tropicale ?) traversée par un éclair. J'ai, à partir de maintenant, 364 jours pour savoir de quelle plante vient cette feuille, sur mon deltoïde.

Le 14 Février 1967.
J'ai tué mon premier nyaquoué cette nuit, dans une embuscade.
En fait, tuer n'est rien. Quand Grand-père m'a expliqué son service durant la Première Guerre Mondiale, il avait une sorte de lueur étrange, vitale dans les yeux.
Je croyais que l'acte de tuer ferait de moi un soldat viable au 'Nam.
Trois semaines de jungle. Je commence enfin à ne plus souffrir de la chaleur et de la marche.
Et j'ai visé avec mon M-16, j'ai appuyé doucement, presque amoureusement sur la détente. Puis, le temps s'est arrêté. Le Viêt-cong est tombé. Mon champ de vision n'était pas assez grand pour que je sache où. Mais je suis intimement sûr qu'il est mort.
Hier soir, j'ai regardé et écouté le Vietnam. C'est un beau pays. Les étoiles y sont lumineuses, plus vivantes que certains gars du peloton. La nuit, les bruits sont agréables même si on sait que dans ce petit pays, il y a un combat entre l'ANV et nous.
En ville, les civils apeurés doivent essayer de dormir.
Si un Viêt-cong venait à me tuer lorsque je contemple la jungle, je mourrai tranquille, car je suis venu au Vietnam pour mourir.

Le 19 Février 1967.
Pas ma faute si je suis un FCN. Pourquoi m'aident pas ? Fais de mon mieux ! Je sers moi aussi ma patrie pour gagner cette putain de guerre !

Le 1 Mars 1967.
Encore cette jungle, cette maudite jungle ! Il fait chaud, on avance dans la jungle putride.
Le moral des troupes et à zéro ! Pourtant le cadavre à moitié décomposé de notre ami Charlie aurait dû les réconforter. Mais au contraire, ça nous rappelle que ces cons de Viêt-cong sont partout. Dans la boue, les marécages, les rizières, les arbres... Pire que des foutus rats ! De quoi vous donner la courante pendant trios jours...
Les autres font la gueule. Rien de marrant dans la jungle humide. Je sens que je vais finir par l'aimer cette végétation. Estimez vous heureux bande de cons ! Le temps sera sec jusqu'en Avril, après c'est la mousson.
On va retourner dans la Vallée, je le sais. Je préfère ça que de monter une colline.
Vive l'Oncle Sam ! Baise mon cul Oncle Ho' !

Le 3 Mars 1967.
Fourmis noires, sangsues, 'peut même pas allumer une clope. Foutu 'Nam !

Le 19 Mars 1967.
Si la non possibilité de réfléchir c'est l'oubli, alors le Vietnam est l'oubli.
Ici, les choses sont si atroces que les “anciens” sont obligés de vider leurs mémoires journalières et surtout de ne pas réfléchir. Si on réfléchit, on meurt. La chair à canon réfléchit.
Les bleus qui se sont engagés pensent que c'est une guerre honorable, juste. Mais en fait, c'est une guerre injuste et des dizaines de bons soldats américains en crèvent chaque jour. La guerre c'est la guerre. Mais celle là, c'est la guerre la plus pourrie qu'il est été de mener.
Des villages entiers sont brûlés chaque jour, des dizaines de filles sont violées, leurs parents tués par quelques soldats se prenant pour un peloton d'exécution, parce qu'ils sont suspectés d'être de l'ANV.
Ces porcs de l'ANV ont détruit le pays.
Je respecte mon ennemi plus que les gars du peloton, car je ne combat pas contre nos mecs (quoique je me le demande certains jours) Il y a une telle agressivité latente entre les hommes, qu'on se suspecterai presque d'être les uns les autres d'être des nyaquoués.

Le 28 Mai 1967.
Une perm' de trois jours. “Escapade érotique”, comme disent les autres cons de l'escouade. Moi, personne m'attend au pays, autant que je me fasse de jolies petites vietnamiennes. Au moins, je peux leur faire subir ce que la “petite conasse”, m'a fait endurer pendant trois mois.
Le 6 Juin 1967.
Je crois que je n'ai jamais autant envie de vivre, de survivre que quand je risque ma mort au combat.

Le 22 Juin 1967.
L'enfer...
Moi, j'entends Mama-San qui pleure,
et Bébé-San veut plaire
aux soldats, mais cette guerre
n'est qu'un leurre.
Tout ce que je sais c'est qu'ici,
nous sommes les ennemis de Charlie.
Ici c'est l'enfer cuivre et vert !
Oui, l'enfer cuivre et vert...
Papa-San veut préserver ses rizières,
c'est une façon de protéger ses frères.
Bientôt nous serons aux frontières du Cambodge,
nous arroserons le tout de napalm,
et plus rien ne sera éternel au Viêt-nam.
Pas même ce combat entre les Verts et Rouges.
Ici, c'est l'enfer cuivre et vert !
Oui, l'enfer cuivre et vert...
Au village, le rouge fait le guet.
Ce que je crois c'est que comme des rats nous sommes fait.
Et sans attendre la bataille s'engage,
nous entendons les mitraillettes cracher avec rage.
En quelques secondes tout peut-être fini,
et nous mourrons pour notre patrie.
Ici, c'est l'enfer cuivre et vert !
Oui, l'enfer cuivre et vert...
Ce n'est pas de la poésie. Ca n'en a pas la prétention. Mais ça m'est venu comme ça. Aujourd'hui c'est le jour de notre indépendance. A l'arrière, ils vont sûrement faire un feu d'artifice, inviter quelques playmates, installer des projos et ce sera la fête.
Nous, on sera au milieu de ce pays bourbeux à faire le guet au Viêt-cong. Vive l'Amérique et sa foutue guerre ! Oncle Ho, j'te pisse au cul !

Le 4 Juillet 1967.
Le Vietnam, c'est la fin du monde, tous les jours. Et la fin du monde se sera le Vietnam. Il n'y a rien dans la vie d'un soldat américain qui le prépare à survivre ici.
Cette guerre est si épouvantable que je me dois d'effacer de ma mémoire tous les crimes que j'ai vu commettre ou que je commets.

Ce carnet est un ramassis inepte de pensées ineptes, mais comment décrire ce que c'est d'être soldat au 'Nam ? En fait, on recherche un ennemi invisible dans une jungle impénétrable et surtout, la plupart de ces soldats qui recherchent les viêts, ne les cherchent pas vraiment, car tous contact est synonyme de Mort. Il faut abattre les cartes. Les gars qui sont ici n'ont rien à foutre là. Ils ne peuvent pas supporter ça ? Ils ne veulent pas être privés de sommeil ou partir en embu' la nuit ou même tenir un poste en pleine jungle.
Mes muscles sont ankylosés. La marche d'aujourd'hui a été crevante.
Les couleurs... Le vert, le rouge. Le vert des baobabs, manguiers, palmiers et tenues de combat. Le rouge des lampes à filtre, des fusées, du ciel, de la terre, du napalm, du shrapnel, le sang... Le sang des autres sur ma peau. Le sang d'un nyacq' sur mes mains. Le Viêt-cong n'est pas un surhomme, c'est comme moi, un mec qui a peur de crever.
Moi, j'ai peur de crever. Je me perd, ça fait trop longtemps que je suis ici.

Le 24 Juillet 1967.
La mousson, moi j'adore. Pas vrai Charlie ?!
Encore deux mois à tirer de pluies et le beau temps reviendra. Je commence à apprécier l'humidité relative de mon poncho.
On a repéré un bunker. Shield et d'autres ce sont précipités pour récupérer la merde jaune qu'ils fumeront tranquillement au camp de base ce soir. Putain ! Avec cette merde, ils ont même plus les idées claires. Moi, je bois, vaut mieux ça que d'être défoncé. Je vois du PC les blessés légers faire la corvée de chiottes. J'irais presque jusqu'à les envier.

Le 11 Août 1967.
Je crois que je serais prêt à donner 15000 piastres à celui qui me fournira une bière bien fraîche.
On a monté un camp près d'un temple bouddhiste en ruines.
Il parait que l'activité Viêt-cong grouille par ici. Et dire que ces sales rats sont sûrement sous nos pieds. Et oui ! Ces malins construisent des souterrains partout. Les boyaux de la terre.
En tant que bon soldat, je sais que je ne devrai pas poser ce genre de questions et que je ne devrai pas écrire ceci. Mais franchement, dîtes moi : pourquoi on se bat nous et les vietnamiens pour un pays aussi pourri ? Honnêtement, ce pays merdique c'est que de la jungle. A leur place, j'aurai quitté le navire depuis longtemps. Mais il est vrai que je connais les vertes forêts de l'Oregon. Alors le Vietnam à côté, c'est du pipi de chat.
Depuis que j'écris ce carnet, je n'ai jamais raconté un seul incident de guerre. C'est presque un journal de bord d'un touriste.
Bienvenue au Vietnam, terre du napalm !
En ville, il y a plein d'attentats. A Saigon, Ho-Chi-Minh ville, Hanoi... Mais ce n'est pas la guerre. C'est juste un semblant.

Le 12 Août 1967.
Il pleut. On a fait évacuer un village aujourd'hui. Des hommes de l'escouade de Levinson se sont encore pris pour un peloton d'exécution et ont descendus quelques villageois. Je ne suis pas là depuis longtemps mais je vois bien que la guerre m'a usé. J'ai regardé la scène sans vouloir prendre la défense de ces pauvres vietnamiens.
Un des hommes a secoué le chef du village, il a pris sa femme et l'a menacé. Leur petit garçon est arrivé, pleurant. Un soldat l'a attrapé. La mère hurlait des imprécations au soldat. Puis, sans que je comprenne, ces trois cons de 1ère classe ont commencé à se battre. L'un secouait le gamin. La femme hurlait. L'un d'eux s'est tourné et l'a abattu froidement. Dans la tête. Il y avait de son sang et de sa matière cervicale partout.
Puis, quand ils ont voulus buter le gamin, j'ai réagit. J'ai mis un coup de M-16 dans le ventre de l'un et dans la tête de l'autre. Le gamin est tombé, pétrifié par la douleur et par la peur. Je l'ai donné à son père et fait évacuer le village.
Tout le reste va être saupoudré de napalm. Encore une centaine de réfugiés. Ils n'avaient pas à se laisser investir par l'ANV.
A la guerre comme à la guerre.

Le 29 Août 1967.
Evenson et Freeman sont morts aujourd'hui. Un tireur embusqué. Salopard.
Nous sommes tous sortit de ce merdier. Je suis vivant. Et pour la première fois depuis longtemps, je suis heureux de l'être. Je suis en seul morceau, entier. J'irais presque à dire que je suis heureux de bosser pour Oncle Sam.
Mais ce serait mentir. Je suis venu ici pour crever mais je me suis aperçu que la vie était bien aussi. Ce soir, en mangeant ma ration C, je me dis que je ne ressemble pas encore à un morceau de viande fraîche dans un sac poubelle.
Il y a une sorte de dualité en moi. J'aime cette guerre, je sais que je vais faire un second tour, je veux mourir. Ca c'est certain. Mais au fond de moi, je bénis chaque pour qui s'écoule, cela veut dire que je ne suis pas mort.
J'en ai bouffé du Vietnam, et pourtant la mort d'un compatriote me fait toujours le même effet. Lorsqu'il expire son dernier souffle j'ai l'impression de le sentir autour de nous. Freeman est sûrement en train de se foutre de notre gueule, mais écoute moi Freeman :”Je t' emmerde !” et je l'entend presque me répondre :”J'te pisse au cul, mon sergent.”
Pour la première fois que je suis ici, au milieu de la jungle et des rizières, j'ai peur de mourir. Oui, j'ai si peur.

Le 17 Septembre 1967.
Voilà les obus de mortier ! Chaud devant ! Tous dans son trou personnel ! Tous les soirs, depuis une semaine, c'est la valse. Nous sommes en plein territoire ennemi. T'as pas intérêt à avoir envie de chier en pleine nuit.
Bonjour Charlie. On se retrouvera tout les deux en enfer. Nous avons écumé la vallée Ia Drang et on peut dire que les Viêt-cong se cachent bien. On en a débusqué quatre hier. Vivants. Après l'interrogatoire, on a versé de la chaux sur leurs corps pour que la décomposition se fasse plus vite.
Le jour, ça peut aller, mais la nuit... La nuit le farouche Charlie s'approche du camp de base. Hier, un officier n'est pas rentré. Le Viêt-cong l'a eu.
Je crois qu'au bout d'un certain temps on rentre dans une sorte d'irréalité permanente où l'on se fraye entre la chaleur gluante du sang et les actes désespérés de survie. J'ai envoyé mes voeux pour Noël à mes parents, le mois dernier. J'espère qu'ils les recevront bien.
Hier, un Huey s'est posé. C'est beau un Huey. C'est l'espoir. L'espoir de tous les potes de la compagnie Bravo. Mais moi, j'aime ce merdier. Je suis peut-être complètement taré, mais j'aime ça.

Le 22 Octobre.
Les bleus se demandent comment on fait pour dormir, la nuit dans la jungle avec les nyacq' qui peuvent arriver d'un moment à l'autre. Mais quand on est crevé, sous la pluie diluvienne de ce putain de pays, on arrive à dormir n'importe où.
Au PC, on écoute “la petite conasse”
Oncle HO', you can kiss my ass !
Le Vietnam, moi j'adore ! Je crèverai ici. Moi, personne ne m'attend dans le Monde. Je me suis engagé, je suis suicidaire.
Là-bas, ils écoutent de la musique de noirs. Ici, les soldats, pour la plupart, sont peu cultivés, peu fortunés, ils viennent de coins perdus des 48 états de notre nations.
Ils sont le coeur de notre pays. Ils sont beaux, ils sont l'âme des GI. L'Amérique devrait être fières d'eux.

Le 29 Octobre 1967.
Mon peloton s'est fait descendre la nuit dernière. Les nyacq' étaient plus nombreux que ce que l'on croyait. Le Vietnam c'est ça. l'agonie des GI.
Je suis blessé, mais je m'en fous. Je peux encore marcher. Un soldat est encore bon s'il marche. Je me suis retrouvé chez les FCAR. Corvées légères. Ils ne devraient pas avoir le droit de me faire ça, les foutus cons ! Putain, je suis sergent ! Pas une première classe !
La jungle est belle d'ici. Son feuillage vert émeraude se mêle aux doux rayons du coucher de soleil sur le Vietnam.
Voilà la vie d'un GI au 'Nam. Combattre dans la brousse, et être en compagnie des FCAR quand on est blessé.

Le 10 Novembre 1967.
On est tombé dans un traquenard aujourd'hui. On a dû demander un appui aérien. Et hop ! Un peu de napalm. Du haut de mon échelle, de l'hélico, j'ai aimé voir ces salops griller.

Le 25 Novembre 1967.
Aujourd'hui on a du évacuer un village. La petite fille que j'avais sur les épaules était belle comme un coeur. Je lui ai donné du chewing-gum. Il faut qu'elle garde un beau souvenir des soldats.
Ce con de journaliste qui nous accompagne depuis ce matin a pris une photo de ce petit moment de bonheur. je suis arrivé à faire rire la fillette. J'ai pris son petit frère dans mes bras. Ce soir, les autres gars du peloton se sont foutus de moi. Plus jamais je ne céderai à ce genre de sentiments ! J'en fais le serment. Ils ne m'humilieront plus parce que j'ai fait rire deux enfants vietnamiens en faisant des bulles.
Les gars ne comprennent pas pourquoi on est là. C'est une histoire entre nous, le Viêt-cong et le Sud. On est là pour défendre les habitants vietnamiens et tuer les congs. Pas pour tuer tout ce qui a les yeux bridés. Mais je crois qu'ici tout le monde soupçonne même un gamin de sept ans d'être de l'ANV.

Le 4 Décembre 1967.
Toutes les nuits c'est la même chose. Ces putains de rouges commencent à me les briser. Ce soir, au camp de base, ça va être la fête ! Bravo revient ! Attention notre foutue peloton est de retour !
Les hommes commencent à être tendus, nerveux. Ils deviennent durs à commander. Hier soir, les congs ont été plus hardis que d'habitude, ils nous ont servis de bonnes insultes, en même temps que leur mortier.
Depuis quelques temps, ils ont changé de tactique. Ils pètent complètement les plombs. Ils font n'importe quoi.

Le 19 Décembre 1967.
Joyeux Noël ! Noël dans la brousse, c'est super. Peut-être qu'ici le Père Noël a les yeux bridés.

Le 25 Décembre 1967.
Une nouvelle année commence. Ne comptez pas sur moi pour embrasser les potes du peloton sous un peu de gui. D'ailleurs au Vietnam, y'en a pas. Ma seule et unique résolution pour la nouvelle année est de rester en vie jusqu'à l'année prochaine.

Le 1er Janvier 1968.
Voici à peu près mon allure avant la fin de mon premier tour au 'Nam.
Mes bottillons de jungle ont le cuir presque blanc, mon uniforme est décoloré, rapiécé au mépris de tout règlement.
Mes cheveux dépassent de beaucoup la longueur réglementaire. Ma dernière coupe GI doit remonter à plus de six mois.
Je ne peux pas me permettre de prendre une perm'. J'ai peur de mourir, mais mes hommes ont besoin de moi. Et moi, j'ai besoin du Vietnam... Cette putain de guerre d'usure, de politiciens de merde (que nous sommes en train de perdre), c'est ma vie. Cette guerre c'est tout ce qui a pu compter dans ma vie.
Quand je dis aux bleus :”Vous allez adorer le 'Nam... Eternellement.” Ils prennent l'air de biches effarouchées, mais ce que je dis est vrai... Pour moi.

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Le 4 Février 1968.
Il est mort en ce 2 Février 1968. Les viêts sont arrivés jusqu'ici un peu au dessous du 17° parallèle. Ils ont traversé la rivière. On était tous au PC. Harper avait été blessé au bras par du shrapnel et avait refusé de partir avec une E-Vac. Les villageois fêtaient depuis deux jours le nouvel an. Les feux d'artifices ne s'arrêtaient plus et nous étions heureux pour les gamins.
Puis, les bombes ont remplacé les feux. Tout d'abord nous n'avons pas compris. Puis, tout s'est passé si lentement, si document. Une bombe a explosé à 50 mètres de Harper. Il était debout au milieu de la bataille comme un ange au milieu de l'apocalypse. Je ne veux ni le glorifier, ni le faire passer pour un idiot, mais j'ai eu cette impression. Il était bloqué, ses bras refusaient apparemment d'obéir et son doigt sur la gâchette ne l'enrayait pas.
Et puis, un cri au bas de la colline. Je la voyais d'où j'étais. Une jeune vietnamienne avait été touchée. Harper a décidé d'aller l'aider. Je le couvrais et pourtant cela n'a rien changé aux choses.
Une main a surgi de nulle part, derrière la vietnamienne, armée d'un AK-47. Harper n'a pas bougé, il a regardé la mort en face et il avait l'air soulagé. Puis, le Viêt-cong lui a tiré dessus, juste au milieu du torse. Il a hurlé et s'est écroulé. Le Viêt-cong n'était pas dans ma ligne de feu. Je ne pouvais pas l'atteindre et puis la rage d'avoir perdu un compatriote me fit enrayer la mitraillette.
Je courais vers Harper. Il perdait beaucoup de sang. Il en avait sur les mains et le regardait avec une apparente fascination. Je lui ai dit que tout allait bien que le Doc' allait arriver et il m'a dit :”Tue moi.”
Je lui ai dit que tout allait bien, que j'allais revenir. On dit toujours ça aux gars, même au plus mal.
Doc' est arrivé mais Harper ne voulait pas se laisser faire, il disait : “Tuez moi.” Il délirait sans doute mais je ne pense pas. Mon esprit voudrait le croire parce que personne ne demanderait à ce qu'on l'achève et surtout pas Harper. Au combat, il dégageait une telle énergie, une telle hargne. Puis, après une éternité, Doc' m'a dit : “Réconforte le.” Quand le Doc' dit ça c'est qu'il n' y a plus aucun espoir. Le sergent Harper m'a regardé avec détresse. Ce n'était plus le guerrier assoiffé de sang, c'était un homme.
Le Doc' est reparti. J'ai pris la main de Harper et je lui ai dit qu'il allait s'en sortir. Il a grimacé puis m'a regardé longtemps et il a dit : “C'est quoi ?... Oh mon Dieu, ce que c'est beau.”
Je lui ai fermé les yeux et il est mort. Mort au champ d'honneur. J'ai pris une de ses plaques, conserver un peu de sa mémoire avec moi.
Quand tout a été terminé, que le Viêt-cong s'est replié, j'ai trouvé dans son paquetage, avant qu'ils ne l'emmènent, ce carnet de bord. Je l'ai lu et je me suis dit qu'il n'y consignait pas toute l'horreur que l'on vit ici tous les jours.
Comme je ne verrai plus jamais cette lueur vitale dans ses yeux quand il se battrai, j'ai décidé de consigner sa mort, c'est la fin logique.
J'ai gardé le carnet jusqu'à ce que je puisse vous l'envoyer Mr et Mme Harper.
Que votre fils repose en paix.
Le 1ère classe Truman.

Rêve d'adolescent

Publié le 07/07/2006 à 12:00 par sandra66
Rêve d'adolescent
Il contemplait le désert. La nuit était tombée depuis longtemps déjà et tout était froid, même les étoiles. Un vent glacé lui caressait la nuque, balayant le désert de sa main implacable.
Il ressentait quelque chose comme une extrême satisfaction. Il s'accouda au balcon de fer forgé de la terrasse du premier étage de la propriété de Tayler.
Il contempla avec gratitude l'arbre qui lui avait permis d'entrer. Il savourait l'air frais et le goût de triomphe que lui donnait l'accomplissement de sa vengeance.
Puis, il se retourna, jaugea avec un sourire contenu les deux cadavres refroidis, jetés à terre, et, il décida qu'il était temps pour lui de s'en aller avant que n'arrivent les problèmes.
D'un saut rapide, agile et précis, il regagna la sûreté relative de l'arbre. Une fois descendu, il remonta dans sa voiture. Une vieille Ford décapotable qu'il avait achetée à un vieux deux années auparavant.
Plus tard, assis sur l'unique chaise de sa chambre d'étudiant, Luke essaya de se souvenir comment tout avait commencé...
“Il avait tué Helen.”, son seul et unique amour.
Helen avait été une droguée avant de se battre pour devenir professeur.
L'assassin, lui, était un dealer, trafiquant et revendant de la came aux quatre coins de la ville.
Chantages, règlements de compte et dénonciations s'étaient soldés par un meurtre ; celui d'Helen, camouflé en un malheureux accident.
Quel accident déjà ? Il ne savait plus. C'était absurde. Peut-être s'en souviendrait-il s'il réfléchissait un peu. Mais Luke n'en avait pas envie... Il replongea dans son rêve.
Lorsque Luke Bright se leva ce matin où tout avait commencé, il se sentait d'attaque pour livrer une vendetta contre tous les trafiquants de cette ville. Comment s'appelait son assassin déjà ? Ses idées étaient confuses et décousues.
Aussi s'arrêta t-il de penser et mit sa conscience en veilleuse pendant qu'il avalait son café et ses tartines beurrées quotidiennes. Puis, il se lava soigneusement, enfila un sweater, un jean, pris ses affaires sous le bras et partit à la fac écouter son lot de cours.
D'ailleurs, il ne les écoutait même plus, les enregistrait tout au plus. Non, Luke pensait, réfléchissait, inventait toutes sortes de choses plus ou moins sadiques qu'il pourrait faire subir à celui qui avait tué son Helen.
Quelles satisfactions en tirerait-il ? Qu'est-ce qui gênerait ce rêve de devenir réalité ? La morale. Il s'en fichait.
Et ce qui était simplement rêves et fantasmes de l'imagination de ce jeune homme, se transforma vite en une occupation quotidienne.
Il échafaudait, calculait sans relâche, du matin jusqu'au soir, gardant peu de temps pour un sommeil réparateur. Il s'en moquait de ce sommeil parce qu'il était insomniaque depuis son enfance.
Il mettait plus de trois heures à s'endormir, cela lui laissait le temps pour réfléchir et réfléchir encore. Il s'endormait souvent le nez dans ses papiers, d'un sommeil lourd et étouffant.
C'était pendant ce sommeil qu'arrivaient les idées, les calculs et tout l'attirail. Il rêvait la nuit de ce qu'il n'arrivait pas à imaginer le jour. Alors, il se réveillait parfois en sursaut, cherchait un crayon et un morceau de papier pour noter son rêve. Il en calculait les proportions et la possibilité d'accomplissement pendant ses cours.
Avant qu'il ne commence à prendre des risques, seul un mot, chargé de menaces et prometteur retentissait dans sa tête, comme le carillon qui sonnait tout les quarts d'heures, chez grand-mère Anna, où il allait passer ses grandes vacances lorsqu'il était un enfant.
Ces vacances, il les passait en compagnie de Vincent, un jeune voisin, chassant tout ce qui se tenait sur quatre pattes (chiens, chats, lapins...) ou même ce qui se tenait sur deux, comme les oiseaux, le vampire et la momie.
Bref, ce seul mot était annonciateur de catastrophe et vous collait tel un chewing-gum sous une chaussure.
Cela l'obsédait tellement qu'il n'en dormait plus la nuit, imaginant comment s'accomplirait et se déroulerait sa vengeance.
"VENGEANCE."
Quel mot doux et réconfortant aux oreilles de Luke Bright, ce jeune homme de dix huit ans ; aux yeux d'un vert jade qui pouvait virer au marron très clair, les jours de pluie et aux cheveux d'un magnifique châtain doré.
Etudiant en archéologie, il avait toujours été un brillant élève jusqu'à ce que déboule dans les couloirs de la faculté, sa nouvelle professeur : Helen Kostrowitsky.
Helen demeura son professeur jusqu'à sa mort mais Luke était amoureux d'elle. Etrange. Mais lorsqu'elle disparut dans un tragique accident de voiture, Luke devint fou. Il mit des mois à trouver celui qui avait commandité ce crime. Il décida que pour l'anéantir, il fallait frayer avec le Mal. Il travailla pour lui pendant une longue année et gagna sa confiance. Ce fut un long parcours, mais Luke fit sa place auprès de Ronnie Tayler. Un parcours de déchéance aussi, car Luke sombrait dans le domaine du crime, mais cela lui était égal du moment qu'il vengeait son amour (du reste, complètement platonique, mais que voulez vous ?)
Ronnie aimait bien le jeune homme, il lui accorda sa confiance et bientôt celle-ci se retourna contre lui. Le soir où la Mort l'avait fauché, l'autre l'avait vu débarquer Luke prit d'une mélancolie criminelle. Il venait de buter ses gardes du corps et menaçait de son flingue la jolie brune qui partageait son lit. Ronnie était sûr que Luke était fou, d'ailleurs celui-ci parlait un charabia inintelligible, mais un nom glaça son sang : Helen. Cette salope qui lui avait fait tant d'ennuis lui en envoyait encore un autre, post-mortem et la solution de celui-ci était radicale. Il regarda la petite brune se faire tuer. Sa tête explosa mollement, l'aspergeant de matière cérébrale. Le cynisme sur le visage de Luke le terrifia et, ne faisant plus cas de sa nudité, se leva et se jeta aux pieds de Luke. Celui-ci s'accorda un sourire moqueur et éventra la brunette. Il se tourna vers Ronnie et lui dit qu'il lui réservait le même sort. Le dealer devint blanc comme un linge. Luke s'approcha, le poignarda et le flingua.
Quelque chose en lui alors s'apaisa. Bien que ses crimes fussent horribles, il en tira une sorte de jouissance morbide qui lui fit comprendre qu'il ne serait plus jamais sain d'esprit.
Qu'importe, bientôt, il rejoindrait son Helen.
Il se leva, se changea de vêtements et de débarbouilla, puis se rassit. Attendant.
On frappa à la porte. Sûrement les flics. Non, ce n'était pas eux, seulement des voisins de chambre qui proposaient une partie de football. Il accepta, ravi, reléguant dans le fin fond de son cerveau ce qui était arrivé et jouant la normalité. Autant s'amuser au grand air tant qu'il en était encore temps.
Après les flics viendraient...

Traque Vampire

Publié le 07/07/2006 à 12:00 par sandra66
Traque Vampire
Les policiers frappent à la porte. Aucune réponse. Ils insistent, hurlant " Police !" et attirent sur eux les regards de tous les locataires de l'étage.
Enfin, après plusieurs minutes de tapage, un grand homme en complet et imperméable sombre, donne l'ordre d'enfoncer la porte. Un jeune homme plutôt bien bâti l'exécute. Respectueusement, les autres laissent entrer l'homme en noir.
En effet, cet homme, un inspecteur, se nomme Ed Hudson.
Ils fouillèrent l'appartement sans relâche ne trouvant qu'un tas de feuilles manuscrites.
Ed commença à les lire dès qu'il rentra chez lui, à la fin de son service.

“Bonjour. Je m'appelle Joe. Joe Dickson, parapsychologue. Je vous confie ce manuscrit, cher lecteur inconnu, dans le but d'éclaircir et de dire la vérité sur ma disparition.
J'espère que vous savez ce qu'est un parapsychologue. Dans l'expectative je vais vous en donner un très courte définition : c'est un scientifique chargé de vérifier la véracité de phénomènes paranormaux.
Je suis en train de vivre ma dernière journée d'homme avant de mourir. Oui, je vais mourir. Je le sens. La Mort s'immisce en moi à chaque minute qui s'écoule, sombre et muette. J'espère rester lucide jusqu'à la fin. Ma fin.
Alors, je vais en venir à l'essentiel.
Il y a deux semaines encore, je travaillais dans l'institut de parapsychologie de ma ville. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, avant que ne surviennent ces événements qui ont provoqué ma perte.”
Ed Hudson reposa la feuille et d'un pas lent et calculé, alla piocher une Budweiser fraîche dans son frigo. Ce putain de manuscrit se lirait mieux après une bonne bière, pensa t-il. Il reprit sa place, près de la fenêtre du living-room et continua sa lecture.
“Un matin, tandis que je m'apprêtais à sortir pour rejoindre l'Institut où m'attendais un travail monstre, quelqu'un frappa à ma porte avec une telle frénésie que je m'empressais d'ouvrir. Se jette alors sur moi une de mes voisines de palier, Pearl Norman. Entièrement nue et couverte de sang. Je la fis entrer sous les yeux effarés des locataires accourus pour la circonstance. J'essayais en premier lieu de localiser la blessure. Elle se trouvait sur la jugulaire. Je stoppais l'hémorragie et lui demanda de m'expliquer ce qui avait bien pu se passer. Après avoir vaincu ses quelques réticences, et en pleurant, elle raconta que c'était un vampire qui lui avait fait ça.
Autant vous dire tout de suite que cela me parut complètement dingue. Enfin au départ. Qui était ce vampire ? Son petit ami, me répondit-elle en sanglots et toujours en tenue d'Eve.
Pearl se refusa à voir un médecin et s'abandonna à mes soins. Je restais donc auprès d'elle, prenant soin de cacher sa nudité avec une de mes chemises.
J'informais l'Institut de mon absence. Puis j'examinais encore sa “morsure”. Comme dans les films.
Mais qui pouvait bien croire au vampire ? me disais-je. Pas moi en tout cas. Mais alors à quoi était due sa blessure ?
Après le repas de midi, frugal, je courus à la bibliothèque de l'Institut de Parapsychologie. Tout ce qui existait sur les vampires se trouvait sous mon bras.
Peu après minuit cette nuit-là, j'avais appris que le mythe du vampire perdurait depuis la nuit des temps. Mais ce n'est que vers le X° siècle qu'il prit de l'ampleur. Gilles de Rais, ancien compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, avait cru trouver dans le sang le secret de la pierre philosophale. Puis, le mythe s'était poursuivi avec Vlad V, vovoïde de Valachie, connu sous le nom de Dracula. Et enfin, en Hongrie avec Erszebet Bathory, qui n'ayant rien d'une morte vivante, ne prenait pas moins de plaisir à boire et à se baigner dans le sang de ses victimes. Poursuivant le seul et unique but de préserver éternellement sa jeunesse et sa beauté.
J'avais aussi feuilleté des livres développant les moyens de se débarrasser de ces abominables “suceurs de sang”.
Mais tous ses livres ressemblaient aux mauvais films d'horreurs des années soixante. Pourquoi m'étais-je embarqué dans cette histoire? Pourquoi avait-il fallut que je croie cette jeune femme ?
Vers trois heures du matin, mon répondeur se mit en marche laissant à Pearl le soin de m'annoncer qu'elle allait dans un club un peu spécial et qu'il fallait que je vienne. Je m'habillais, grognon, et suivi ma divine voisine dans la ville un peu glauque.
Le club était discret, comme ses activités plus ou moins sadomasochistes et où les vampires pullulaient de façon extraordinaire.”
Ed Hudson se leva, s'étira. Ce manuscrit était une vraie connerie, mais dans le fond, ça l'amusait bien de lire ce torchon. Il se rassit, mit un peu de musique et reprit.
“J'observais avec attention les gens qui nous entouraient et fut écoeuré par leurs moeurs sanguinaires et dépravées. Pearl me sortit de cet enfer.
Sur le chemin du retour, je lui fis part de mon trouble et que ce qu'elle venait de me montrer ne constituait en rien une preuve de l'existence de telles créatures. Et elle me répondit de en pas être trop impatient, qu'on allait les coincer et que j'aurais ma preuve très bientôt. J'aurais dû me méfier.
Comme l'aube se levait, je lui proposais de venir prendre le petit déjeuner chez moi et elle accepta. Un peu plus tard, Pearl me séduisit. Il est sûr que je ne pouvais rester de marbre devant sa beauté féline. Cependant, mon esprit me défendait autant de le faire que ce que mes hormones me l'ordonnaient. Les hormones gagnèrent et ce fut la Fin.
Le moment que je passais avec elle fut merveilleux, le repos que je m'accordais aussi, mais le réveil fut violent.
Des gens autour de moi, des douleurs un peu partout, mes membres attachés et l'odeur du sang. Pearl était assise sur une chaise, revêtue d'une de mes chemises. Ils s'étaient repus de moi, ils m'avaient bouffé mon sang. Mon esprit refusait d'y croire et pourtant. Pearl se leva pendant que je considérais les plaies qui constellaient mon torse, et elle me dit son désir de m'avoir avec elle pour l'éternité parce que je lui plaisais et que j'étais savant. Je restais pétrifié mais refusa une telle idée.
Pourtant, elle s'approcha, s'ouvrit le bras avec une lame de rasoir et me força à avaler son sang. L'éternité s'ouvrit à moi dans une souffrance incroyable. Mais je ne veux pas de cette éternité.
J'ai fini ce manuscrit, Pearl est partie “chasser”. J'irais mourir aux premières lueurs du jour au bord du fleuve. J'espère que ce que j'écris, inconnu, te servira dans ta lutte contre le fléau naissant que sont les vampires. Je finirais en recopiant ce poème que j'ai lu en compulsant les archives concernant les vampires.
“Le nécrophile.

La Mort est son amante,
il puise la Vie Eternelle
entre ses cuisses puissantes.
Il caresse ses seins d'albâtre,
observe son teint de lait à la lueur des chandelles.
Que refroidissent les cendres dans l'âtre...
Il profite de cet orgasme,
pour tirer d'elle
un ultime spasme
procuré par tant de plaisir et de sa douce agonie.
De ces actes charnels
naissent d'odieuses ignominies.
Telles que succubes, vampires ou goules,
qui séduisent avec tant d'ardeurs les humains,
et sont naturellement haïes par la foule.
Et dans ce spasme il puisa d'elle toute la Vie éternelle.
La Mort ferma les yeux, attira la tête de son amant sur son sein
Et ce tendre geste fut sa fin à elle.
De tout les Morts il devint le Maître,
car une nouvelle race venait de naître...”
C'est ce qui m'est arrivé. J'espère que la lumière tue le vampire. Je m'en vais admirer le matin. Adieu.”
Ed reposa les minces feuillets et partit se coucher, réfléchissant à la véracité de cette histoire. Il ne raconterait pas la présence de ce manuscrit à l'ex femme de Dickson qui avait déclaré sa disparition, mais quelque chose le troublait. Et si c'était vrai ?

Quelque chose d'inhabituel

Publié le 07/07/2006 à 12:00 par sandra66
Quelque chose d'inhabituel
06h30. Nadia Lemort venait de se lever et contemplait Paris depuis son appartement, une tasse de café brûlant à la main, plongée dans le brouillard.
Tout en regardant ce paysage familier, elle sentait quelque chose de fort et d'oppressant en elle. Elle pensa furtivement que quelque chose d'important allait lui arriver aujourd'hui.


07h45. Après s'être lavée puis habillée, elle descendit en hâte et appela un taxi qui l'emmena au bureau de courtier en bourse où elle travaillait. Le stress habituel faisant surface, elle n'eut pas le temps de réfléchir à ce qui pouvait causer son malaise, mais il se dissipa peu à peu.


16h03. Elle se dirigea lentement vers le garage où elle avait laissé sa voiture une semaine plus tôt à cause d'un accident.
Elle retrouva l'univers familier des chromes, de la carrosserie froide et de la technologie moderne qui pouvait, lors d'un accident, vous enfermer en une sorte de cercueil futuriste et froid comme la mort elle-même. Elle mit le contact et s'éloigna en maudissant intérieurement le garagiste qui avait encore dû la voler.
Elle alluma d'un geste machinal la radio. Sur une station, il y avait de la techno, elle changea car elle détestait écouter cette musique qui lui taper sur les nerfs, raison de plus au volant. Elle tomba sur une conversation en direct assez étrange, parlant de toutes les prophéties qui n'avait pas eu lieu en cette fatidique année 1999. Non, l'Antéchrist n'était pas arrivé et non la ville d'Ys n'a pas réapparue, pas plus que la légendaire civilisation d'Atlantide. Paris n'avait pas été dévastée, Marseille et Lyon non plus. Elle écoutait ceci distraitement. Puis les hommes de la radio parlèrent d'extraterrestres. Elle eut un petit rire sec et nerveux, se rappela le coup fumant du grand Orson après la guerre. Et le malaise quelle avait ressenti ce matin-là s'ancra profondément en elle.


17h17. Elle sentait une certaine fébrilité et agitation autour d'elle, dans la rue. Les gens étaient sûrement excités quelques heures avant que ce siècle ne fasse bientôt parti du passé. Dans très exactement six heures et quarante trois minutes, ce sera minuit, l'heure fatidique de l'an 2000, puis, après 1999 ne sera que du souvenir.
Elle rentra chez elle, jeta son sac et sa veste sur le canapé, alluma la télé, et partit dans sa chambre à coucher pour se changer et prendre un bain. Ce soir, elle ne sortirait pas fêter la fin d'une année malheureuse et surtout pas l'avènement d'une autre, non.


18h25. Nadia venait d'achever une autre journée de travail et quel ne fut pas son bonheur de pouvoir se reposer dans son fauteuil devant la télé.
Soudain, le téléfilm s'arrêta. Fini le ballet de couleurs, de neige et de géants bagarreurs. Le visage grave de Jacques Chirac apparut à l'écran et elle pensa furtivement que ce n'était pas l'heure des voeux.
_” Français, Française, mes chers concitoyens, en tant que représentant de cette nation, je dois vous annoncer une nouvelle importante pour notre avenir à tous.
Il y a trois jours, le télescope d'Arecibo de Porto Rico a capté des signaux étrangers à notre système de communication. Avant hier, les scientifiques du Search for Extra-Terrestrial Intelligence grâce au projet Setiathome ont formellement affirmé que des vaisseaux spatiaux inconnus étaient en approche de la Terre.
Désormais, nous ne sommes plus seul dans l'univers. Malheureusement, il est aussi de mon devoir de vous informer que la Russie a décidé d'être hostile à ces arrivants et a envoyé sur eux la bombe atomique. Le pays se trouve en grande partie détruit.
Peuple français, ne répondez pas par la panique et la violence. Nous tenterons tout pour maintenir ...”
La neige emplit le téléviseur.


18h45. “... La paix”, conclut-elle à la place du président. S'en était fini des réseaux de communication et peut-être de Jacques Chirac.
Elle se rappela non sans un certain sarcasme le témoin de Jéhovah, qui la semaine dernière était venu clamer devant sa porte que la fin du monde était proche.
Quelque chose en elle venait de mourir, quelque chose de fin et fragile. Elle se rendit compte à ce moment même, lorsque sa vie normale prit fin, qu'elle avait hérité de cette même soif de destruction que son père, ancien militaire.
Elle ne trouva rien de plus naturel à faire que d'enfiler un jean et un tee-shirt. Elle explora le fond de sa penderie à la recherche du Remington et des cartouches calibre douze que Vincent lui avait laissé avant de partir, juste au cas où.


19h00. “Vincent!” Parler toute seule dans son appartement lui avait toujours fait un effet bizarre.
Elle sentit son coeur se serrer dans sa poitrine et cet étau mortel de chagrin l'enserrer, cet homme lui manquait. Quoi de plus normal en effet, à la veille de l'Apocalypse que de vouloir serrer dans ses bras la seule personne chère à son coeur.
Elle éteignit la lumière, décrocha le téléphone. Ce mode de communications n'était pas encore coupé. “Nous avons encore un peu de répit.”, pensa t-elle en composant le numéro.
Vincent se décida à répondre au bout de la onzième sonnerie.
_” Nadia ?!
_ Comment le sais-tu ?
_ Qui d'autre aurait besoin de moi ?
_ Ta petite amie, répondit-elle d'un ton grinçant.
_ Tu parles, arrêtes tes plaisanteries.
_ Viens, dit-elle d'un ton sans appel mais qui reflétait tout sa détresse, son désespoir, son besoin et son amour.
_ J'arrive tout de suite. Je t'aime.” Il raccrocha.
_ “Moi aussi.”, répondit-elle au vide. Elle pleurait.


19h05. Elle s'assit sur son canapé et mit les cartouches dans le chargeur, comme son père le lui avait appris quand elle était jeune. Elle en mit d'autres dans les poches de son jean.
“Heureusement qu'il n'habite qu'à deux pâtés de maisons, pansa t-elle, il ne devrait pas tarder.”


19h08. Dans la pâle lueur lunaire, elle regarda la carabine qu'elle tenait dans ses mains.
_” Pourrais-je vraiment tirer sur quelqu'un ?
_ Tu feras ce qu'il sera nécessaire, répondit son père mort, quelque part dans son esprit.
_ Oui “, affirma t-elle tout haut. L'écho de sa voix lui parut étranger.


19h09. Un fracas incommensurable. Si puissant qu'elle crut devenir sourde. Elle se retourna vers sa baie vitrée qui venait de tomber en morceaux. L'électricité se coupa.
La vue dantesque de Paris suffit à faire monter en elle un sentiment d'urgence.
Elle se jeta dans les escaliers et ne s'aperçut même pas qu'elle traversait la rue en courant. Des dizaines et dizaines de personnes faisaient pareil qu'elle. des femmes criaient, des enfants pleuraient et les hommes entouraient leur petite famille, regardant le ciel d'un air sombre ou désespéré. Le bruit du chaos.
Elle ralentit son pas, elle se sentait différente des gens autour d'elle. Peut-être à cause du fusil.
Elle regardait attentivement chaque voiture et chaque passant. Lequel serait Vincent ?
Puis soudain elle le vit. Il avait essayé de sortir de sa voiture avant de mourir. Elle était enfoncée de toute part par d'autres véhicules, formant un mortel enlacement. La rue était silencieuse. Un peu plus loin, les êtres humains regardait, épouvantés ce qui recouvrait Paris dans une nuit noire totale et sans fin. Mais Nadia ne s'en préoccupa pas. Son univers venait d'être détruit. Pourquoi lui ? Pourquoi ?! Elle tomba à genoux près de lui, le sortit du véhicule, leva ses bras couverts du sang de Vincent vers le ciel et cria. Un cri long, atavique, démentiel.
Elle ne pleura pas et ce qui lui parut des heures après, elle se releva... Et se figea.
Il y en avait une dizaine. Peut-être une patrouille qui venait voir l'étendue des dégâts et faire des prisonniers. Qu'en savait-elle ?! En tout cas, ils étaient d'une beauté stupéfiante, ces non humains.
Ils la virent et deux extraterrestres se détachèrent du lot. Elle se ramassa sur elle-même, le fusil de chasse braqué.
_” Pas un geste !”, cria t-elle d'une vois forte et autoritaire. Ils continuèrent d'avancer sur elle.
_” Stop !”, ordonna t-elle et Nadia envoya une cartouche dans la chambre de sa carabine et appuya sur la détente.
Le recul de l'arme sur son épaule était rassurant. Et il était rassurant de savoir qu'elle allait pouvoir semer la destruction.
Puisqu'on ne pouvait déserter cette planète et que l'on était condamner à voir ses proches mourir avant soi parce que les ennemis venaient de l'espace, Nadia décida de ne pas mourir les bras ballants.


6h30. Nadia Lemort venait de se réveiller et se dit qu'une bonne tasse de thé dissiperait le cauchemar de cette nuit. Ce cauchemar où les aliens s'emparaient de la Terre. Aujourd'hui, on était le 1er Janvier 2000 et cette nouvelle année s'annonçait peut-être mieux que la précédente.
Mais en arrivant dans son salon où étaient jetés ses vêtements de la veille, tachés de sang, son fusil, les morceaux de verre de la baie vitrée gisant encore au sol et la télé, rallumée sur le canal où le président était mort la veille, elle eut une certitude terrifiante.
_” Non !”, hurla t-elle, essayant de se dissuader qu'elle rêvait encore. Elle s'approcha et vit la belle Paris, dévastée, habitée par le chaos et le néant.
Encore un autre jour... Le deuxième jour de la fin du monde.